Tribune Jean-Louis Butré: 17/03/2026

La France compte aujourd’hui plus de 10 500 éoliennes réparties sur son territoire. Pourtant, malgré ce déploiement spectaculaire, l’éolien ne fournit qu’un peu plus de 10 % de l’électricité consommée dans le pays. Les chiffres officiels révèlent ainsi un écart frappant entre l’ampleur des installations visibles dans le paysage et la quantité réelle d’électricité qu’elles produisent.
Un parc impressionnant… mais une production limitée et stagnante
Le développement de l’éolien en France est visible partout. Sur les plaines, sur les crêtes ou le long des autoroutes, les mâts se multiplient. Aujourd’hui, plus de 10 500 éoliennes sont installées dans le pays.
Si l’on additionne leur puissance théorique, l’ensemble du parc atteint environ
26 gigawatts 1. Ce chiffre peut sembler impressionnant : il correspond à peu près à neuf grandes centrales nucléaires.
Pourtant, malgré ce parc immense, après vingt-cinq ans de développement, la contribution de l’éolien reste modeste : un peu plus de 10 % de l’électricité consommée en France, et cette part a très peu progressé en 2025 malgré l’installation de centaines de nouvelles machines.
La raison est simple : la puissance affichée d’une installation ne correspond pas à ce qu’elle produit réellement sur l’année.
La comparaison avec une centrale nucléaire
Pour comprendre cet écart, on peut comparer l’ensemble du parc éolien français avec une seule centrale nucléaire.
La centrale de Civaux, dans la Vienne, Elle peut àelle seule produire environ 20 térawattheures d’électricité par an.
À titre de comparaison, l’ensemble du parc éolien français produit environ 50 térawattheures par an.
En pratique, cela signifie qu’il faut plus de dix mille éoliennes pour produire à peine deux à trois fois l’électricité d’une seule centrale nucléaire comme celle de Civaux.
Cette différence s’explique par ce que les ingénieurs appellent le facteur de charge : une centrale nucléaire fonctionne la plupart du temps à pleine puissance, tandis qu’une éolienne ne produit de l’électricité que lorsqu’il y a suffisamment de vent.
Sur une année entière, une éolienne produit en moyenne environ 20 % de sa puissance théorique.
Une différence supplémentaire essentielle : la maîtrise de la production
Mais la différence la plus importante ne concerne pas seulement la quantité d’électricité produite.
Elle concerne la maîtrise de la production.
Une centrale nucléaire fournit une électricité stable et pilotable. Elle peut produire en continu et s’adapter aux besoins du réseau lorsque la consommation augmente.
L’éolien fonctionne différemment : sa production dépend entièrement du vent. Certaines journées, les éoliennes produisent beaucoup. D’autres jours, elles produisent très peu, voire pas du tout.
Cette situation est visible par tous : en traversant certaines régions, il n’est pas rare d’observer un jour des parcs d’éoliennes à l’arrêt, puis de les voir tourner le lendemain.
Le défi de la stabilité du réseau : le problème de l’intermittence
Or un réseau électrique doit rester équilibré à chaque instant. L’électricité doit être produite exactement au moment où elle est consommée.
Lorsque la production dépend du vent, il faut donc disposer d’autres moyens capables de produire immédiatement lorsque les éoliennes ne tournent pas.
Dans la pratique, deux solutions existent : soit construire ou maintenir des centrales thermiques pilotables, souvent au gaz, capables de produire lorsque le vent est insuffisant — c’est la voie qu’ont suivie certains pays très engagés dans l’éolien, comme l’Allemagne, qui a annoncé la construction de 50 nouvelles centrales à gaz — soit utiliser les centrales nucléaires existantes pour compenser les variations du vent, comme le prévoit en France la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3).
Mais cette seconde option pose des difficultés pratiquement insurmontables : les centrales nucléaires ont été conçues pour fonctionner de manière stable et continue. Les utiliser en permanence pour suivre les fluctuations du vent n’est pas leur mode de fonctionnement normal. Cela entraîne des contraintes techniques supplémentaires, une moindre efficacité économique et pourrait, à terme, soulever des questions plus sensibles liées à leur sécurité.
Un « débat électrique » qui doit rester fondé sur les faits
Ces réalités techniques rappellent une évidence : un système électrique fiable ne peut pas être construit simplement en additionnant des puissances installées.
La transition énergétique mondiale se fera progressivement, à mesure que les ressources fossiles s’épuiseront. Mais elle ne peut réussir qu’en s’appuyant sur des choix rationnels, fondés sur les contraintes scientifiques et physiques fondamentales du système électrique, et non sur des approches idéologiques.
Un système électrique ne se construit pas avec des machines qui produisent quand le vent souffle, substiant uniquement avec de subventions mais avec des installations capables de produire quand la société en a besoin.
Veuillez agréer, {subtag:titrecomplet}, l’expression de mes sentiments distingués
Références :
1) Selon les données officielles du ministère de la Transition écologique, le parc éolien français atteint 26,1 GW installés après 1,4 GW supplémentaires raccordés en 2025.
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/publicationweb/798
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