OBJET : PROJET DE LOI SUR LA SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE
Monsieur le Premier Ministre,
Au nom des 1700 associations françaises de la « Fédération Environnement Durable », je vous adresse nos respectueuses félicitations et accueille avec satisfaction votre nomination en tant que Premier Ministre de la République Française.
L’avant-projet de loi sur la souveraineté énergétique, que vous allez bientôt examiner au Conseil des Ministres a retenu toute notre attention :
Ce projet doit redonner à la France son indépendance en limitant les développements des Énergies Renouvelables intermittentes, solaire et éolien, et en relançant le nucléaire, qui était un fleuron de notre industrie, et qui peut le redevenir en produisant une électricité en abondance, peu chère, pilotable et n’émettant pratiquement pas de gaz à effets de serre.
Nous vous félicitons d’avoir ce courage politique, car aucune décision ne fait l’unanimité…
Nous pensons que vous êtes dans la bonne voie en évitant d‘insérer dans votre projet de loi des engagements chiffrés irréalisables pour accroître idéologiquement les énergies renouvelables électriques intermittentes qui sont devenues inutiles[1] face au nucléaire.
Ces énergies sont acceptables dans des pays qui produisent leur électricité par des moyens thermiques, charbon ou gaz, car elles permettent de décarboner en partie cette industrie. En France ce n’est pas le cas, la presque totalité de la production d’électricité est déjà décarbonée grâce au nucléaire et à l’hydraulique.
Cette nouvelle stratégie rendra à la France sa souveraineté énergétique, vous permettra de réduire massivement les gaz à effet de serre et de réorienter tous les budgets vers des domaines plus efficaces tels l’isolation thermique des bâtiments et les énergies renouvelables stockables2. L’économie de cette nouvelle stratégie pourrait atteindre 200 milliards d’euros à l’horizon 2035-2050 par rapport aux programmes en cours3, ce qui limitera la hausse des tarifs d’électricité et vous permettra de défendre le pouvoir d’achat des ménages et notamment ceux qui ont des revenus les plus modestes.
Ainsi nous vous remercions de limiter drastiquement les ambitions sur les énergies électriques intermittentes qui n’ont aucun intérêt sinon d’accaparer de l’argent public au détriment de l’intérêt général, le symbole étant l’éolien industriel, la filière plus détestée des Français qui s’étend sur les territoires et le long des côtes, au détriment de notre patrimoine naturel et environnemental.
En vous remerciant de votre attention, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Jean-Louis Butré
Président
Fédération Environnement Durable
3 rue des eaux-Paris-75016
[1] Citation de Jean-Marc Jancovici : Multiplier l’implantation de machines importées ne contribue pas à baisser nos GES, déséquilibre notre balance des paiements et va à l’encontre de la sobriété… les ENR, de par leur intermittence, sont dépendantes des énergies fossiles (centrales à gaz surtout).
2 Les subventions de la géothermie et du solaire thermique, sont actuellement dix fois inférieures à celles de l’éolien et du solaire photovoltaïque
3 Etude du CEREME : Institut Roland Berger






Notre pays n’est pas isolé en Europe : presque partout sur le Vieux Continent, l’adhésion au nucléaire a fortement cru récemment, même en Allemagne où, selon le baromètre 2023 ObsCop d’EDF, les « pour » dépassent désormais d’une courte tête les « contre » : https://t.ly/nrzto. Merci Poutine :).
Si tout le monde est d’accord, il n’y a donc « plus qu’à ». Sauf que, en fait, c’est maintenant que s’ouvrent des questions qui fâchent, comme j’essaie de l’expliquer dans cette chronique du jour sur RTL : https://t.ly/YmDfI
Il y a tout d’abord la question de notre capacité à faire. Lors du démarrage de la construction du parc actuel, dans les années 1970, l’industrie et la construction employaient environ 8 millions de personnes.
Aujourd’hui, il n’y a plus que 3,2 millions d’actifs dans ce secteur, et par ailleurs ceux qui travaillent dans des domaines en lien avec le nucléaire (construction métallique, par exemple) ont diminué encore plus vite que le reste.
Le vivier disponible d’ouvriers qualifiés et de techniciens éligibles (soudeurs, tuyauteurs, robinettiers, constructeurs d’infrastructures, etc) est donc bien plus réduit qu’il y a 50 ans. Or, le nucléaire a besoin de ces professions pour fabriquer les centrales.
Formons et embauchons alors ! Oui, mais : aucun équipementier ne va le faire de manière massive sans visibilité sur 20 ou 30 ans, qu’EDF n’est pas en mesure de leur apporter à cause du code de la commande publique.
Du coup, allons-nous devoir faire appel aux chinois pour reconstruire le parc, comme je l’ai évoqué sur le ton de la plaisanterie acide lors de cette intervention à l’INSTN il y a 6 ans : https://t.ly/3jhN_ ?
Autre question majeure : il est question de construire une version dite « simplifiée » de l’EPR. Mais sommes nous sûrs de miser sur le bon cheval ?
Une fois terminé (il y en a 2 en Chine et un en Finlande), l’EPR fonctionne normalement : ce n’est donc pas la question. Mais, son design (franco-allemand) en fait un objet très complexe : arriverons nous à le construire un jour pour un cout « normal » et dans un délai « normal » ?
Si nous voulons aller vite, la bonne stratégie est peut-être de reconstruire des réacteurs identiques à ceux en fonctionnement (l’EPR n’amène pas de rupture technologique majeure), et de pousser à 80 ans tous les réacteurs existants qui le pourront (ce que les USA ont déjà commencé à faire), le temps de boucler avec une 4è génération qu’il faut booster d’urgence, car c’est le seul nucléaire « durable », comme évoqué dans cette chronique.
Et ces questions en amènent une autre : le monde politique, la haute administration et le secteur industriel sont-ils « équipés » pour instruire ce dossier de manière appropriée ? Car là aussi les 20 dernières années ont laissé des traces..